Méditerranée, terroir divin : Reportage Tunisie 2018 / Béni Khédache et Ksar Halouff – 25-30 août 2018

Bien loin des circuits touristiques, aux confins du Sud-Est tunisien, entre le Djebel Dahar et le Grand Erg oriental, c’est toute une population rurale qui s’efforce de surmonter les aléas d’un climat singulièrement aride et d’un contexte socio-économique préoccupant. Nous sommes à Béni Khédache, ville berbère de 36000 habitants.

Malgré un bilan hydrique déficitaire, nous découvrons un territoire très riche. Il bénéficie en effet d’une grande diversité de faune et de flore, d’un patrimoine archéologique remarquable, mais surtout d’abondants savoir-faire transmis d’une génération à l’autre. Ce sont ces méthodes et gestes ancestraux, inscrits dans une mémoire collective forte, que nous souhaitons immortaliser sur les conseils de Raphaël Colicci, partenaire, membre de notre comité d’Ethique et surtout fondateur du Centre de bien-être Oleatherm. Trois acteurs locaux, profondément engagés, guident nos pas : Mabrouk, Rihab et Hassen de la SMSA « Ennajeh » *. Ici, hier et demain se mêlent dans une œuvre contemporaine, nous voilà partis de Ksour en Jessour avec nos bienveillants compagnons.

Un Ksar, deux Ksours, trois Ksours. Finalement, nous en sondons six sur les quelques 150 que concentre la zone comprise entre Matmata et Tataouine. A vocation essentiellement agricole, ces anciens greniers contiennent à eux seuls une grande part du patrimoine immémoriel de ce territoire. Emergeant entre terre et ciel, ils déploient d’un à trois niveaux en harmonie absolue avec leur environnement. Compartimentés en ghorfas (cellules) indépendantes, elles recueillent, depuis des siècles, des vivres pendant les longues périodes de sécheresse. Les villages, parfois troglodytes, situés en aval, abritent souvent des moulins sans âge, principaux outils de transformation de l’olive en huile.

Même si ici le climat n’est pas encore désertique, il est bien aride. Comment faire quand la moindre goutte d’eau s’évapore à peine absorbée par la terre ? La formule magique se nomme Jessour (pluriel de Jesser). Il fait de plus en plus chaud certes… mais y a-t-il jamais beaucoup d’eau ici. Les Jessour, ce sont des constructions en cascade de digues en terre parfois consolidées avec des pierres, dans les talwegs et les dépressions. Le but est de retenir les eaux de ruissellement et les matériaux de charriage. On augmente ainsi la rétention de l’eau dans les sols tout en permettant la réduction de l’érosion. Ces constructions permettent depuis l’Antiquité de garantir les récoltes dans des zones où l’activité agricole est marginale.

Parmi les scènes de vies ancestrales, il en est une qui s’inscrit du fond des âges et révèle toute la sacralisation de la culture de l’olivier et de la transformation de ses olives en huile. Elle témoigne d’une économie frugale où chaque fruit est considéré, même quand il est issu d’arbres à modeste rendement dans des lieux parfois inaccessibles. Nous contemplons le tableau de ces femmes vigoureuses vêtues de costumes traditionnels berbères. Munies de lourdes pierres, tout en chantant des chants sacrés et immémoriaux pour rendre grâce aux dons de la terre, elles broient inlassablement les olives. Puis elles les triturent et, entre leurs mains marquées par les mêmes stigmates que leurs ancêtres, coule une huile précieuse.

Passionné depuis l’âge de 15 ans par les Médecines douces et l’Agroécologie, Raphaël participe en 1975 à la création du premier hôpital de médecine holistique à Londres. Dès lors, cette approche globale du soin « Corps – Ame – Esprit reste le fil conducteur sur son parcours de thérapeute-Agriculteur. Aussi s’emploie-t-il à créer, depuis 1998, des conservatoires de la biodiversité nourricière, ainsi que, dès 2005, le concept de Totum Végétal, d’Oléothérapie et de la Ferme qui soigne.

C’est dans le cadre de sa mission de chercheur et de thérapeute-agriculteur que Raphaël se joint à Claude Cruells, photographe et membre de l’association CarttooN Spirit. Les deux hommes reviennent bouleversés par les découvertes et rencontres issues de ce voyage au cœur des contrées arides du Sud-Est tunisien. Au-delà du succès de cette mission à visée de recherche et développement, en collaboration avec des acteurs de la filière oléicole tunisienne, Raphaël nous fait part des émotions qu’il a éprouvées lors de ce vibrant périple. Voici ses mots :

« On découvre des paysages sans fin couverts de roches. Les paysages qui nous transportent hors du temps et soudain, en fond de vallée, surgissent des oliviers majestueux trônant au milieu des Jessour.

Cette ressource maintient en vie les familles dans le désert. Dans les ksour qui se fondent dans les chaines de montagne, les moulins troglodytes, les habitations troglodytes. On ressent que des peuples ont fait l’histoire en s’intégrant dans les paysages, COMME S’IL Y AVAIT UNE COMMUNION avec la nature. Dans les montagnes les plus reculées j’ai été transporté hors du temps de voir deux femmes extraire l’huile des olives dans le creux d’un rocher par un va-et-vient de leurs quatre mains.

Et avec un mouvement voluptueux de la main elles effleurent la pate d’olive et la magie advient en serrant la main l’huile coule porté par des chants sacrés venant insuffler une très belle énergie a ce nectar d’olives. On se sent immergé dans ce patrimoine immémoriel de notre culture et nos racines méditerranéennes. »


« Cette mission, avec Claude Cruells et Raphaël Collicci, n’était pas seulement une mémorisation de nos traditions liées à l’oléiculture, c’était pour moi un voyage dans le passé, un tour dans les souvenirs de mon enfance. Elle a relevé la richesse de notre savoir faire et l’ancestralité de l’oléiculture en Tunisie. Nous, en tant qu’acteur de développement local, nous sentons la responsabilité envers la conservation de cet héritage typique issu de nos Jessour. 

Au delà de son objectif principal, cette mission a conçu des ponts d’échange aussi bien à l’échelle locale qu’à l’échelle mondiale. 

Nous sommes très fiers que nous avons contribué, ensemble, à la mémorisation de notre patrimoine et nous sommes aussi reconnaissants à tous ceux qui nous ont appuyé du près ou de loin à le faire. »

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