« Méditerranée, terroir divin » : Reportage en Croatie : Île de Hvar

« Les premiers habitants de Hvar furent les Illyriens au ive siècle. Ils se défendirent vaillamment contre les Grecs mais ceux-ci finirent par envahir l’île. Les Grecs de Paros fondèrent alors la colonie de Faros, ancêtre de la ville de Stari Grad. En 219 av. J.-C., les Romains la conquirent. À la chute de l’Empire romain d’Occident, Hvar devint byzantine. Aux viie et viiie siècles, des Slaves s’y installèrent. Les siècles suivants furent marqués par des querelles incessantes entre Byzance, Venise et les souverains hungaro-croates au sujet du contrôle de Hvar. En 1151 l’ile offerte à l’ordre de Saint Benoît, bâtisseurs de trois abbayes et d’un prieuré, fut prise par les habitants de Narenta, qui s’emparèrent également des îles de Lastovo, et de Korčula. En 1331, c’est Venise, la plus puissante, qui annexa l’île dalmate. Les habitants de Hvar se soulevèrent à plusieurs reprises mais sans succès. La suite suivit les aléas de l’histoire, elle fut tour à tour italienne, française, autrichienne, yougoslave et enfin croate.

L’île est dotée d’un riche patrimoine historique datant du temps des Grecs, le seul parcellaire agricole grec (iiie siècle av. J.-C.) au monde est conservé presque intégralement entre les villes de Stari Grad et Jelsa. La plus longue des îles dalmates, elle, possède encore des parties restées secrètes et cachées au tourisme de masse. Toute la côte nord de l’île est agrémentée de criques avec des petites plages, parfois habitées, parfois isolées, bon mouillage pour des bateaux de plaisance.

Hvar est également le nom d’une des villes principales de l’île, située dans la partie ouest de l’île. Possédant la plus grande place sur la côte croate, elle est riche en bâtiments de l’époque gothique et de la renaissance. Deux forts couronnent la ville, le fort Spagnola construit par les Vénitiens et le fort Napoléon, construit par les Français. » (Wikipedia)

Nikola Plenkovic nous accueille. Depuis le décès de son père il y a 3 ans, il a repris l’activité viticole avec son frère tandis que sa sœur s’occupe de la partie marina et restauration. Ces deux activités ont été initiées par leur père à partir des années 2000. Un beau soleil, quelques nuages, pas de vent….

Les conditions sont favorables pour explorer le vignoble extrême qui se situe juste au-dessus du village. Nous empruntons une route très escarpée… route que le père de Nikola, Zlatan Plenkovic a réalisée lors de la création et du développement de ce vignoble. Zlatan peut être considéré comme un véritable bâtisseur de chemins et de routes : nous parlons de quelques 27 km mêlés de pierres concassées ! « Zlatan fut un homme particulier »,commente Nikola, « et il aimait tout le monde! ».

Nikola nous fait le plaisir de partager un plat de poisson le midi. Comme souvent, le jeune homme guette le retour du pêcheur pour lui acheter de sa pêche et nous invite à venir déguster un de des plats typiques qu’il se plait à préparer. Prénommé « Gregada », il le réalise avec des pommes de terre, des oignons et bien sûr du poisson à peine pêché.

Son ami et œnologue (Domaine Davor Sestanovik) se joint à nous pour cette parenthèse conviviale. Commençant tout d’abord à travailler avec son père en 2009, il quitta quelques temps la Croatie pour s’initier à la viticulture californienne puis revint travailler dans le domaine familial en 2013, pour accompagner ses deux frères depuis le départ du père. Le dîner nous enchante entre dégustation d’excellents vins et excellence des mets. Les deux garçons nous expliquent, qu’au-delà de la passion de leur métier, ils sont pleinement conscients de leur qualité de vie. Tout en devisant avec nos convives, nous comprenons que nous ne sommes pas seulement dans un village mais dans une communauté où le mot « solidarité » prend tout son sens.

Nous avons déjà eu l’occasion d’observer que la ferveur religieuse est puissante, ici, en Croatie. Et l’anecdote suivante révèle encore une fois ce lien fort au culte et ses pratiques.

En haut du vignoble extrême, au cœur de la montagne saillante, se trouve une grotte dénommée Spilja sv. Nedjelje. En son sein se love une chapelle. Des moines y vivaient au 16ème siècle. Chaque année, le vendredi saint, un homme du village se porte volontaire et hisse une croix de plus de 12 kg sur ses épaules pour ensuite accomplir un chemin de croix jusqu’à ce site religieux avec un groupe d’amis. Ils sont suivis du cortège de tous les hommes du village précédant jeunes et femmes, sur un parcours qui mène de l’église (du village) jusqu’à cette grotte. Ils en font deux fois le tour, sans pouvoir poser cet encombrant fardeau, excepté dans la chapelle et dans l’église.

Le vignoble se situe principalement sur la côte sud de l’île, ainsi que sur le continent vers Sibenik et Makarska. On y élève du plavac malic. En ce qui concerne les vins blancs nous retrouvons le Pošip, cépage endémique de l’île de Korčula, ainsi que le Bogdanusa, tout aussi endémique, se situant uniquement sur l’île de Hvar.

Le travail s’effectue manuellement et seuls deux traitements de sulfites (pas d’engrais, ni de fertilisants, ni de pesticides) interviennent dans le processus. Nikola précise que les conditions pour la vigne sont excellentes ici en raison d’un temps venteux donc très sec. L’absence d’humidité épargne les vignes des habituelles maladies. « Il ne peut pas être possible de travailler autrement dans cette vigne où la nature doit dominer », nous affirme-t-il. La technique de taille permet de concentrer le résultat dans environ un demi-kilo de grappes par pied en ne conservant sur chaque branche que deux nouveaux départs, en quelques sortes une vendange en vert mais qui se régule dès le départ de la vigne sans attendre l’été. C’est ainsi que l’on obtient un vin puissant et concentré. Le vignoble ici se caractérise par une nature omniprésente avec des pieds en gobelet, libre de se révéler parmi les plus vieilles vignes (30 à 40 ans) tout comme parmi les plus jeunes. C’est ainsi que des silhouettes des plus extravagantes, néanmoins gracieuses, s’offrent dès lors à nos yeux.

Claude considère que ce vignoble du Bout-de-l’Île est l’un des plus impressionnants qu’il lui a été donné de voir.

Au-delà de son côté héroïque, c’est en réalité cette montagne massive avec sa grotte en son centre qui lui ont fait forte impression.

Elle domine et étreint ce vignoble comme pour le protéger de ces deux bras puissants. Cette barrière protectrice du vignoble semble incarner une mère couvant son enfant.

Une petite anecdote savoureuse pour les amoureux de l’étang de Thau que nous sommes : Nikola adore Sète et, dès qu’il en a la possibilité lors d’un passage, il s’arrête pour déguster les huîtres de l’étang de Thau qui pour lui sont parmi les meilleures.

L’entreprise familiale horticole Vitis a été créée en 1986. En 1993, l’entreprise a pris le nom de Zlatan Otok (l’Ile d’Or en croate), ses vignes historiques se trouvant au sud l’île de Hvar. Après s’être installée en Croatie au Sud de l’île d’Hvar en 1986, l’entreprise évolue et s’agrandit au fil du temps.

Un nouveau vignoble, situé entre 30 et 400 m au-dessus du niveau de la mer et qui s’étend dans le Massif du Biokovo sur une surface de 75 hectares (Makarsko Vinogorje). Concernant l’encépagement du vignoble, on retrouve le Plavac Mali en rouge et le Posip en blanc. Le cépage Plavac mali est la variété la plus répandue sur l’île de Hvar. On y trouve aussi le cépage Crljenak katelanski, ancêtre du Zinfandel ainsi que du Merlot et du Cabernet Sauvignon. Les cépages blancs sont tous anciennement implantés ou autochtones : Pošip, Žilavka, Dubrovačka Malvazija, et aussi Chardonnay et Žuti Muškat (Muscat blanc à petits grains). Zlatan Otok a obtenu la Certification biologique croate.

Textes : Laurence Crinquant
Photographies : Claude Cruells

 

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