« Méditerranée, terroir divin » : Reportage en Croatie : Île de Brač – Dalmatie

 


Issue de cépages indigènes, Stina est une série de cuvées originaires de l’île. On y découvre le pošip, le vugava et le plavac mali.
Lieu de naissance de nombreux sculpteurs, poètes, romanciers et peintres croates, l’Île de Brač et ses pierres blanches sont une source d’inspiration constante pour ces artistes, grâce à sa beauté et au terroir sur lequel croissent les vignes. Ces cuvées portent donc le nom de Stina, qui signifie “pierre” en Croate, véritable symbole de l’île.

70 % des besoins du domaine sont pourvus par leur vignoble, les 30 % restant le sont par les grappes achetées aux alentours notamment les vignes du village de V. Farska que nous découvrons au bout de la piste. Petar s’appuie sur les compétences de deux consultants œnologues : le premier est Léo Gracin (voir notre article sur Primošten) qui connaît parfaitement les cépages endémiques et le second Christophe Ollivier, ce qui leur permet d’étendre leur gamme au gré de nouveaux assemblages, toujours en harmonie avec leurs raisins. Concernant les cépages endémiques, le rouge est le fameux plavac mali, « mali » signifiant « petit » en croate. Ce cépage a besoin de beaucoup d’ensoleillement et se situe uniquement sur les vignobles du sud de l’île, sur deux terroirs différents : l’un est soumis aux alluvions et l’autre porte à ravir le qualificatif d' »extrême ». Si ces deux terroirs possèdent un cépage identique, ils donnent évidemment des résultats très différents. Pour le blanc en revanche, pošip et bucavac sont principalement produits sur le grand vignoble qui se situe en plaine, au milieu de l’île.

Le vignoble se révèle particulièrement verdoyant en raison des nombreuses pluies intervenues ces derniers temps et présente une croissance plus avancée que celle des vignobles que nous avons parcourus sur le continent. Néanmoins, nous constatons un retard d’au moins 7 jours sur le calendrier habituel en raison des conditions particulières rencontrées au mois de mai.

Petar est un guide parfait. et c’est à bord de son pick-up que nous parcourons les vignobles méridionaux de la côte les deux jours suivants. Au nombre de 5, l’un d’eux retient plus particulièrement notre attention. C’est le vignoble de l’extrême. De 4,5 ha, il est prénommé Murvica.

Complètement réimplantée en 2012, nous découvrons une parcelle immense. Elle est dentelée de murs reconstitués en pierres d’origine reconnaissables à leur couleur grise. Les parois rocheuses aux alentours ont permis d’en compléter la rénovation. Évocateur de son histoire religieuse, un chemin d’accès a été recréé conformément à celui emprunté à l’époque par les ânes et les moines en direction du monastère situé en amont. Nous atteignons enfin la plus haute partie de ce vignoble après un embranchement sur la gauche qui nous mène à Picokari, parcelle absolument magnifique dont le monastère en ruine (sa chapelle est datée de 1477) est entourée de murs restaurés et affiche des vignes récemment plantées.

Ces terres ont été rachetées depuis peu. Leur nouveau propriétaire déploie un fort investissement afin d’aider la communauté en créant des emplois. Il a une forte volonté de soustraire les trésors locaux à toute spéculation et surtout à tout investisseur non croate. Dans un souci de préservation du patrimoine, il est d’ailleurs question de réhabiliter le vénérable ermitage et de créer une cave dédiée au terroir alentours. Cette démarche de préservation est remarquable car visiblement désintéressée compte tenu des onéreux besoins en hommes et en matériel. Aménager puis entretenir un tel vignoble est dispendieux quand on en mesure le faible retour sur investissement. Petar nous confirme d’ailleurs qu’il serait plus avantageux d’acquérir de très bonnes grappes aux alentours plutôt que de produire ici…

Soumis en permanence à un vent intense, les vignobles du Sud de l’île excluent en général les éventuels traitements. Dans ce vignoble de l’extrême et vu les conditions de travail, on cultive manuellement, parfois avec l’aide du Caterpillar mais uniquement dans le sens de la descente. C’est un vignoble préservé qui ne subit aucun traitement, aucun fertilisant, aucun insecticide. Petar est très heureux de la rare qualité de ce vignoble. Et, sentencieux, il souligne que l’on peut constater « à quel point la nature a donné ». Cette expression achève de séduire notre photographe bien au fait des trésors inattendus qu’offrent potentialité de terroir et volonté des hommes combinés. De ces ultimes parcelles où prospèrent sarriette et sauge parmi leurs jeunes pieds, sont issues deux cuvées : M et Maestro. Cette deuxième cuvée n’est produite que si qualité et quantité sont au rendez-vous. Aussi, à ce jour, seuls trois millésimes ont vu le jour (2009, 2011, 2016).


D’un point de vue photographique, Claude avoue être particulièrement impressionné par ce vignoble de l’extrême. Dominant remarquablement la mer, il semble invincible et inatteignable. Cependant il incite irrépressiblement à braver ses pentes vertigineuses. Atteindre ses cimes, c’est être récompensé par la sérénité d’une nature où batifolent herbes et aromates, tandis que les vignes attendent de donner leur écot.

C’est la première fois depuis notre départ qu’une étape se passe sans pluie. La lumière s’est jouée du photographe… qui a su en jouer à son tour. De cette partie de cache-cache, à force de persévérance et parfois de chance, Claude a su « butiner » quelques images insolites…. dont ces superbes ruches aux couleurs éclatantes!

Textes : Laurence Crinquant
Photographies : Claude Cruells

 

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